LA MAGIE DU TOUR


En réponse à une demande d'informations par mail, j'ai rédigé la réponse suivante, qui intéressera probablement d'autres personnes. J'ai donc effectué un "copier-coller" depuis ma boîte mail.

 

A La Cambre je donne ce cours en 60 heures, je ne peux donc pas atteindre le même niveau de détail en seulement une vingtaine d'heures.
Néanmoins mon but est de transmettre un maximum - je peux aussi approfondir davantage certains points en fonction des centres d'intérêt précis des participants à la formation.
Dans la partie "argiles et matières premières" : on apprend à connaître la matière première, sa composition, comment la modifier, comment  on procède et pourquoi d'un point de vue historique et dans différentes parties du monde (car cela donne des idées). L'idée : ne pas nécessairement se limiter à travailler l'argile telle qu'on l'achète, être capable de modifier les argiles et/ou d'utiliser de l'argile que l'on trouve dans la nature (une étudiante a ainsi utilisé l'argile "du jardin de sa grand mère".) Parce qu'un même émail sur deux argiles différentes, cela donne un résultat différent... donc il faut être conscient qu'on peut personnaliser sa matière première déjà. Important de bien comprendre les différents types de terre en fonction de la température, et ce qui peut se passer si on ne respecte pas cela.
Dans le même ordre d'idées, j'aime donner au moins un aperçu des différents types de fours et modes de cuisson, depuis les fours primitifs en plein air, en passant par tout le reste : pour cette partie, j'y accorde plus ou moins de temps en fonction de l'intérêt des participants, mais il faut au minimum comprendre les principes de la cuisson en oxydation et en réduction, et qu'un four électrique ou un four à flamme ne se chargent pas de la même façon (également le "pourquoi" cela ne se charge pas de la même façon). Dans la foulée je donne toute une série de petits "trucs pratiques".
J'aborde également un minimum d'histoire de la céramique, pour comprendre comment les connaissances que je transmets aujourd'hui sont parvenues jusqu'à nous, comment l'apport de la physique et de la chimie nous permettent de comprendre ce que faisaient "les anciens" de façon empirique, pourquoi les "secrets" autour de la céramique... (c'était parfois commercial, parfois politique, mais c'est intéressant je trouve de comprendre les trajets que les découvertes dans le monde de la céramique ont suivi).
Ensuite on aborde la partie "physique et chimie" : que se passe-t-il durant une cuisson de biscuit ? d'émail ? Quand et pourquoi faut-il ne pas monter trop vite en température ? Pourquoi faut-il impérativement aérer lorsqu'on cuit ? Quelles sont les consignes de sécurité à respecter tant lors de la cuisson que lors de la manipulation des matières premières et pourquoi.
Quelle est la composition d'un émail, quels sont les différents types de fondants, en quoi sont-ils différents (pourquoi les alcalis ne se comportent pas du tout de la même façon que les alcalino-terreux dans les émaux), comment composer des émaux de haute température et comment composer des émaux de basse température.  Rassurez-vous je ne me cache jamais derrière un vocabulaire compliqué de chimiste, tout cela est expliqué de façon à le rendre abordable pour tous.
Un minimum de chimie : notions d'atome, de poids atomique, de molécule, de poids moléculaire.
Voyons ensuite les matières premières : quelles molécules les composent ? Quel est leur poids moléculaire, sachant qu'il y a une "perte au feu" et qu'on ne peut donc pas simplement additionner les molécules qui nous intéressent.
Puis vient l'ami Seger, un chimiste qui a le grand mérite d'avoir proposé une façon de présenter les "recettes d'émaux" sous forme de "formule" qu'on appelle "formule de Seger" : c'est un langage international, j'ai trouvé des formules de Seger au Japon, avec la recette en kanji à côté. Les kanji sont illisibles pour moi, mais pas la formule de Seger...
Apprendre à la calculer, à l'utiliser ensuite : passer de la recette à la formule, modifier si on le souhaite la formule et repasser à une recette.
Et puis la partie pratique : vous réaliserez vous-mêmes des plaques d'échantillons,  en suivant une méthode de progression "silice-alumine" (telle que présentée par Ian Currie, un ami récemment décédé malheureusement qui a fait un boulot de synthétisation formidable de cette méthode).  Il s'agit d'une méthode rapide quand on la maîtrise, car on procède par mélanges volumétriques. La première fois ça prend un peu de temps c'est normal, mais mon but est de vous transmettre une méthode de travail rapide et efficace pour rechercher des émaux. Cette méthode permet en outre rapidement de comprendre les différents types d'émaux en fonction du type de fondant dominant.
Un des émaux obtenus sera choisi pour poursuivre ensuite des tests de coloration "mono-oxyde", ceci toujours afin d'acquérir une méthode de travail. La suite : mélanges d'oxydes etc vous pourrez le faire seul, si vous avez compris les bases !
Mon but : rendre autonome, et permettre de comprendre ensuite facilement les nombreux ouvrages écrits sur le sujet, sans s'arracher les cheveux ;-) Etre capable de composer soi-même ses émaux à partir des matières premières. Ou au minimum comprendre ce qu'on achète si on choisit malgré tout de travailler avec des émaux "prêts à l'emploi".

Voilà, je n'avais pas de texte "tout près à vous envoyer", j'ai donc rédigé ceci d'une traite - si vous avez encore des questions n'hésitez pas ! Mais ceci est déjà une matière énorme à transmettre en aussi peu de temps - je compte donc aussi sur la participation ACTIVE de chacun et je demande aussi de relire les notes et faire quelques exercices à domicile entre deux cours.
L'idéal est de "mettre en pratique" les notions apprises rapidement après avoir suivi ce cours. Si on laisse passer trop de temps, il faut parfois reprendre les bases - donc à vous de voir si vous avez du temps à y consacrer ;-)